En Belgique francophone, les télévisions et radios refusent depuis décembre 1991 d'offrir un temps de parole libre en direct aux représentants de partis jugés liberticides, au premier rang desquels l'extrême droite : la RTBF a lancé le mouvement, ensuite imité par l'ensemble de l'audiovisuel. Ce cordon médiatique prolonge un accord politique entre partis démocratiques qui s'engageaient à ne jamais s'allier avec l'extrême droite, né en Flandre à la fin des années 80. Il n'a pas toujours été inscrit dans les textes — le Front national belge a même fait condamner la RTBF en 1994 pour l'avoir écarté d'un débat — mais il est devenu une obligation réglementaire depuis le début des années 2010. Les travaux de Benjamin Biard et Léonie de Jonge montrent qu'il réduit la visibilité de ces partis et empêche leur banalisation, sans expliquer à lui seul leur marginalité. Le dispositif fait de plus en plus débat, certains voulant l'étendre à l'extrême gauche, d'autres le jugeant contraire à la démocratie. L'exporter en France semble en revanche illusoire : l'extrême droite y est déjà très installée, et un tel cordon pourrait surtout lui permettre de jouer les victimes. (c) BonePicker / 261104.0840
GRAND ENTRETIEN. En Belgique, un cordon sanitaire médiatique "empêche toute forme de banalisation de l'extrême droite", un outil "difficile" à imaginer en France
- Depuis décembre 1991, les médias audiovisuels publics francophones belges refusent de donner la parole en direct aux représentants de partis d'extrême droite, une pratique devenue obligation réglementaire au début des années 2010.
- Les études de Benjamin Biard et Léonie de Jonge concluent que ce cordon réduit la visibilité de l'extrême droite et freine sa banalisation, sans être le seul facteur de sa marginalité.
- Le mécanisme est de plus en plus contesté en Belgique, et son exportation en France paraît difficile car l'extrême droite y est déjà solidement installée, avec un risque d'effet contraire.